Y a-il trop de créateurs de mode ? | Business of Fashion

Y a-il trop de créateurs de mode ?

Des centaines de jeunes diplômés sortent tous les ans d’écoles de mode, mais la plupart n’arriveront jamais à lancer leur marque personnelle, ou à obtenir des postes de designers. Pourtant, le business de la mode et toutes ses industries annexes ont besoin d’eux plus que jamais, explique la professeur Frances Corner, directrice du London College of Fashion.
Croquis d’une créatrice| Source: Shutterstock

Croquis d’une créatrice| Source: Shutterstock

Londres —Formons-nous trop de créateurs de mode ? Ceux qui posent la question pensent généralement qu’une formation en fashion design doit mener directement à des postes de créatifs, de préférence dans une maison de luxe. Autant d’assertions erronées.

Cela suppose tout d’abord que ces formations ne servent qu’à entraîner et préparer de “poulets prêts à cuire” pour l’industrie… Personne ne s’attend à ce qu’un étudiant en histoire devienne automatiquement un historien. De même, le diplôme d’une école de mode qui a un pied dans l’industrie, l’autre dans l’éducation n’est pas là pour formater des étudiants pour l’industrie, et ne doit pas le faire. Ce serait au détriment de leurs capacités créatives et de leur esprit d’initiative.

Et puis, ce serait donner une définition bien étriquée de l’industrie de la mode. Aujourd’hui, elle a bien sûr besoin de diplômés qui comprennent et ont une bonne expérience du design, mais pas obligatoirement pour occuper des postes de créateurs. La mode est faite de tant d’industries et d’économies particulières. Elle apporte la valeur ajoutée, l’aspect créatif qui donnent envie aux consommateurs de casser leur tirelire pour des objets parce qu’ils sont tendances. Que ce soit un vêtement, un accessoire, un meuble, de la nourriture ou le dernier portable. La mode est absolument partout.

Ajoutez Internet à cela, l’essor du numérique et une ligne de démarcation de plus en plus floue entre là où la mode finit et là où commencent le cinéma, le graphisme, les media, la musique, le commerce, la beauté… Tous ces domaines réclament à corps et à cri des personnes avec une formation qui leur permet de comprendre le rôle du design dans notre société et notre économie. Les opportunités qui s’offrent à ces diplômés, aptes à comprendre la complexité et l’étendue de la planète mode, sont nombreuses.

Le London College of Fashion, la plus vieille école entièrement consacrée à la mode, donne des cours adaptés à l’ampleur de l’industrie du XXI° siècle. Avec l’appui de l’Association of Business Schools, nous décernons le premier MBA consacré à la mode. Notre portfolio s’est suffisamment étoffé pour répondre aux exigences d’un secteur hors mode. Ces quinze dernières années, nous sommes passés d’à peine sept cours à plus de 40 et 60% d’entre eux abordent des thèmes hors design.

Environ trois quarts de nos étudiants trouvent du travail moins de six mois après leurs diplômes. C’est le cas pour 90°% de la section journalisme, 65 % d’entre eux à des postes de direction. Et pour notre section management, 85 % trouvent rapidement du travail, 80 % à un poste de direction. De plus, plus de la moitié de nos étudiants en seconde année visent des emplois hors design, dans le management commercial, le marketing, le merchandising, les media, la photographie — ou dans le journalisme, le cinéma, et les relations publiques. Notre formation donne un ensemble de compétences qui s’appliquent à toutes sortes de secteurs créatifs.

En tant qu’éducateurs, nous voulons approfondir la définition de la mode pour les générations futures, pour qu’elles s’interrogent sur la véritable nature de cette industrie, ses valeurs et ses structures. Les étudiants doivent comprendre que cela représente bien plus que la simple création de vêtements ou de produits liés. Nous les encourageons à s’investir dans des domaines tout aussi importants : la communication, la science, l’éthique, le business de la mode.

Le futur de cette industrie passera par des intellectuels créatifs et novateurs travaillant dans tous les secteurs. Il aura aussi besoin de diplômés avec des aptitudes dont on ne s’est pas beaucoup servi jusque-là : une capacité d’écoute d’un marché toujours plus vaste et plus sophistiqué, plus numérique, plus technique. Des psychologues de la mode, des commerciaux avec une expertise des 60 marchés,  des imprimeurs 3-D, des développeurs de software pour le e-commerce… Autant d’exemples d’emplois réclamés par l’industrie de la mode. Et bien sûr, pour les assumer pleinement, une bonne formation dans le design de la mode est essentielle.

Frances Corner

 

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